« Je ne sais plus quoi lui dire », « Je ne fais que poser des questions », « On n’a aucun échange significatif, c’est juste pour parler ». Quand notre proche présente une démence, par exemple la Maladie d’Alzheimer, cela peut devenir très difficile de communiquer. Les mots manquent, les phrases ne font plus autant de sens. Par-dessus tout, le sujet de conversation peut changer de façon inattendue, car la personne ne comprend pas toujours de quoi on parle et on ne sait pas toujours quoi dire.
Pour les proches, il arrive d’avoir l’impression que la personne est loin, dans sa tête, qu’elle ne veut pas, ne peut pas participer ou semble ne pas être en mesure d’initier un échange. On peut avoir l’impression de se parler à soi-même. Un certain deuil s’installe aussi envers les habiletés d’avant, qui ne sont plus atteignables. Cela peut causer, entre autres, de la frustration, un sentiment d’incompétence, du chagrin ou un détachement dans certains cas. Ces émotions sont valides, vous n’êtes pas seul à les ressentir. C’est d’ailleurs une des situations qui pourraient nous faire dire : « Ça sert à quoi de continuer ? »
Ce à quoi je réponds « Et si, au lieu de continuer, on adaptait nos objectifs de communication ? ». D’avoir, dans notre mire, des moments de plaisir, de partage et de sourire plutôt que des conversations complexes. Pourrions-nous nous laisser la place pour continuer à être ensemble en nous adaptant ? Et, oh oui, on fera des erreurs ! Comme dans tout le reste. L’important, c’est de continuer parce que ça en vaut la peine.
Quand vient le temps de parler avec notre proche qui présente de telles difficultés à s’exprimer ou à comprendre, plusieurs stratégies accessibles existent. J’ai donc plutôt envie aujourd’hui de vous faire réfléchir sur des petites astuces simples en vous suggérant de rester dans la bienveillance.
Est-ce qu’il faut parler pour communiquer ?
Le regard
À différents moments dans nos vies, il nous arrive d’échanger un simple regard avec quelqu’un et de spontanément savoir quoi dire, de commencer à rire ou de partager son émotion. Dans plusieurs cas, malgré la démence, cet échange non verbal demeure possible. Les moments sont parfois moins nombreux et moins faciles d’accès, mais ils peuvent être là et font du bien.
Les silences
Encore faut-il être en mesure de tolérer les silences (ce qui n’est pas chose facile vous me direz !). Rassurez-vous, avec de la pratique, on y arrive. Malgré ma profession, il m’arrive encore de m’empresser à combler le silence par peur de faire sentir l’autre mal à l’aise. Ça arrive, on se reprend. Il y a une différence entre les silences durant lesquels les deux personnes regardent ailleurs, tapotent sur la table en attente de quelque chose et les silences qu’on partage. Ceux qui nous permettent de nous regarder, d’échanger un geste de douceur comme de déposer la main sur celle de l’autre. Ces silences parlent d’eux-mêmes.
Les photos
Une activité qui facilite les échanges lorsque les mots manquent, est de regarder ensemble des photos, d’écouter de la musique ou regarder des images qui rapportent à des souvenirs et des événements positifs. Tant qu’on est dans le bonheur, les intérêts et les passions, les possibilités sont infinies. Le cerveau est un organe qui aime avoir du plaisir, il faut donc en profiter !
Sans attentes de discussion précise, cette activité ouvre la porte aux échanges de regards, aux commentaires de votre part ou de la part de votre proche. Elle permet aussi de pallier les difficultés de compréhension en diminuant la longueur des discours et en offrant un support visuel. Parlez de ce qui se passe de beau dans notre vie, de ce qui vous fait du bien. Le bonheur, c’est contagieux ! Regardez des photos et défilez doucement. Lorsqu’une image lui fait penser à quelque chose, cela peut devenir un beau moment de discussion significative. À ce moment, vous pouvez suivre l’intention de la personne. Ajouter des détails ou simplement réagir aux propos, poser des questions courtes ou qui se répondent par oui/non (toutefois, faites attention à ce que ça ne devienne pas un questionnaire). Trouvez votre moyen de communication, tout en vous permettant de faire des erreurs. Quand le silence revient, on poursuit. On se laisse guider par le moment, sans attentes, dans la bienveillance envers soi et envers l’autre.
En vous souhaitant de beaux moments de communication avec vos proches,
Catherine